← Retour aux actualités
    Psychothérapie
    Juin 2026
    Jenny Pena Fauq

    Mon enfant a des tics : faut-il s'inquiéter ?

    Votre enfant cligne souvent des yeux, se racle la gorge, répète un petit geste ou un son que vous n'aviez jamais remarqué avant. Et la question revient, lancinante : « est-ce que je dois m'inquiéter ? » Voici quelques repères pour comprendre, observer, et savoir quand demander de l'aide — sans paniquer.

    Parent et enfant assis paisiblement ensemble — accompagnement psychologique des tics chez l'enfant à Saint-Laurent-du-Var et Nice

    « Il cligne des yeux tout le temps en ce moment, je ne sais pas si je dois en parler au médecin… » « Elle se racle la gorge toutes les deux minutes, ça devient impressionnant. » Dans mon cabinet de Saint-Laurent-du-Var, près de Nice, j'entends souvent ces phrases. Elles ne viennent presque jamais d'un enfant — elles viennent d'un parent inquiet, qui observe quelque chose de nouveau chez son enfant et ne sait pas comment l'interpréter.

    Avant toute chose : vous avoir remarqué quelque chose, c'est déjà bien. Cela veut dire que vous regardez votre enfant, que vous êtes attentif·ve à ce qui change. L'idée de ce qui suit n'est pas de poser un diagnostic — ce n'est pas le rôle d'un article — mais de vous offrir quelques repères pour comprendre, observer et réagir avec calme.

    Quand un parent remarque un tic chez son enfant

    On parle généralement de tics pour décrire des mouvements ou des sons brefs, involontaires et répétitifs. Chez l'enfant, ils prennent souvent deux grandes formes :

    • Les tics moteurs : clignements des yeux, plissements du nez, mouvements du visage, haussements d'épaules, mouvements du cou, petits gestes répétitifs des mains.
    • Les tics vocaux ou sonores : raclements de gorge, petits bruits, reniflements, répétitions de sons ou de syllabes.

    Il existe aussi des habitudes ou gestes répétitifs qui ressemblent à des tics sans en être vraiment : se mordiller la lèvre, enrouler une mèche de cheveux, taper du pied. Ce sont souvent des manières pour l'enfant de se décharger d'une tension, sans que cela relève véritablement d'un tic.

    Voir apparaître un tic est déstabilisant pour un parent. On se demande d'où cela vient, si l'on aurait pu l'éviter, si cela va s'aggraver. L'inquiétude est naturelle. Mais il est important de la déposer ailleurs que sur l'enfant, qui sent immédiatement le regard inquiet posé sur lui.

    Un tic n'est pas un caprice ni une mauvaise habitude

    Ce qui est très important à comprendre, et à transmettre autour de vous : un tic est involontaire. L'enfant ne le fait pas pour attirer l'attention, pour vous agacer, ni parce qu'il aurait « pris une mauvaise habitude ». Il peut parfois réussir à le retenir quelques minutes, surtout en classe ou en public — mais cela lui demande un effort mental considérable, et le tic ressort souvent plus fort une fois rentré à la maison, dans un espace plus sécurisant.

    C'est pour cela que gronder un enfant pour un tic ne fonctionne pas. Cela ajoute simplement de la honte à un mécanisme qu'il ne contrôle déjà pas. Et la honte, paradoxalement, augmente la tension intérieure — qui à son tour peut renforcer le tic.

    Ce qui peut accentuer les tics chez l'enfant

    On ne sait pas toujours pourquoi un tic apparaît à un moment précis. En revanche, on observe souvent que certains contextes les accentuent, sans en être nécessairement la cause :

    • une période de fatigue importante ou un sommeil perturbé ;
    • du stress ou de l'anxiété, parfois invisible de l'extérieur ;
    • une pression scolaire récente : changement d'école, devoirs lourds, harcèlement, conflit avec un camarade ou un enseignant ;
    • une tension familiale, un climat conflictuel, ou un parent lui-même très stressé ;
    • un changement important : déménagement, naissance d'un petit frère ou d'une petite sœur, arrivée d'un nouveau conjoint ;
    • une séparation, un deuil, ou tout autre événement émotionnellement chargé.

    Quand le contexte est particulièrement chargé, mon article sur l'annonce d'une séparation aux enfants peut donner des repères complémentaires.

    Là encore, il ne s'agit pas de culpabiliser. Aucun parent ne peut offrir une vie sans stress à son enfant. Mais identifier les périodes plus tendues permet souvent de mieux comprendre pourquoi un tic se renforce à certains moments, et s'apaise à d'autres.

    Comment réagir sans renforcer l'inquiétude de l'enfant

    Votre attitude joue un rôle énorme. Pas parce que vous seriez « responsable » du tic, mais parce que vous êtes l'environnement émotionnel dans lequel votre enfant grandit. Quelques principes simples aident beaucoup :

    • Garder une attitude calme, même si vous êtes inquiet·ète intérieurement.
    • Éviter de répéter « arrête », « ne fais pas ça », « pourquoi tu fais ça encore ? ».
    • Ne pas se moquer, même gentiment, et demander aux frères et sœurs de ne pas le faire non plus.
    • Ne pas transformer le tic en sujet permanent : ne pas en parler à chaque repas, à chaque visite.
    • Observer discrètement à quels moments les tics s'intensifient (devant un écran ? après l'école ? le dimanche soir ?).
    • Ouvrir un espace de parole sans forcer : « si un jour tu veux me dire ce que tu as dans la tête en ce moment, je suis là ».
    • Protéger l'enfant si les tics deviennent un sujet de moquerie à l'école ou dans la famille élargie.

    L'idée centrale : aider l'enfant à parler de ce qu'il ressent sans le réduire à ses tics. Il est bien plus qu'un mouvement involontaire. Continuer à voir l'enfant qu'il est — drôle, sensible, créatif, sportif, rêveur — fait une énorme différence.

    Quand faut-il consulter pour des tics chez l'enfant ?

    Certains tics passent d'eux-mêmes, en quelques semaines, sans avoir besoin d'aucune intervention. D'autres méritent d'être pris au sérieux et observés de plus près. Voici les signes qui peuvent vous inviter à demander un avis, médical et/ou thérapeutique :

    • Les tics durent plusieurs semaines ou plusieurs mois.
    • Ils s'intensifient ou se multiplient (nouveaux tics qui s'ajoutent).
    • Ils gênent l'enfant à l'école ou dans ses relations avec les autres.
    • L'enfant en souffre, en a honte, n'ose plus aller chez les copains, évite les sorties.
    • Les tics s'accompagnent d'anxiété, de tristesse, de colère ou de troubles du sommeil.
    • Les mouvements sont douloureux, brutaux, très fréquents ou associés à d'autres symptômes physiques.
    • Vous, parent, ne savez plus comment réagir, ou sentez l'inquiétude prendre toute la place.

    Dans ces situations, un avis médical (pédiatre, médecin traitant, voire neurologue selon l'orientation) peut être utile pour écarter une cause organique. Un accompagnement psychothérapeutique peut, lui, venir en complément lorsque les tics semblent liés à l'anxiété, au stress, à une période de tension émotionnelle, ou lorsque l'enfant en souffre psychiquement.

    Si l'anxiété est très présente, mon article Anxiété et crises d'angoisse : comprendre et agir peut aussi vous éclairer.

    Comment la psychothérapie peut aider l'enfant et ses parents

    Quand je reçois un enfant pour des tics, je ne cherche pas à « faire disparaître le tic à tout prix ». Cela serait, paradoxalement, la meilleure manière de l'enraciner. Le travail se fait autour du tic, plus que sur le tic lui-même.

    Concrètement, la psychothérapie peut :

    • offrir à l'enfant un espace bien à lui, où il peut déposer son anxiété, sa honte ou sa colère, sans crainte d'être jugé ;
    • aider les parents à comprendre ce qui se joue autour du symptôme, sans culpabilité ;
    • travailler doucement sur l'environnement émotionnel de l'enfant : rythme, sommeil, écrans, climat familial, pression scolaire ;
    • accompagner les périodes de stress, de changement ou de tension qui peuvent renforcer les tics ;
    • aider l'enfant à retrouver confiance en lui, sans concentrer toute son identité sur le tic ;
    • mobiliser, si pertinent, des outils issus des thérapies cognitivo-comportementales (TCC) pour mieux comprendre les moments où les tensions montent.

    Mon approche en consultation enfant — ou en consultation adolescent — est douce, respectueuse du rythme de l'enfant, et toujours pensée avec les parents. Si c'est la première fois que vous envisagez une consultation, vous trouverez aussi des repères dans mon article sur la première séance de psychothérapie.

    Important : la psychothérapie ne remplace pas un avis médical ou pédiatrique si les symptômes sont importants, douloureux, ou s'accompagnent d'autres signes inquiétants. Elle peut, en revanche, être un soutien précieux lorsque les tics sont liés ou aggravés par l'anxiété, les tensions émotionnelles ou une souffrance psychique.

    En conclusion : faire de la place à l'enfant, pas seulement au symptôme

    Si l'inquiétude prend trop de place, si votre enfant souffre de ses tics, ou si vous avez le sentiment que la situation devient difficile à porter seul·e, n'attendez pas que tout aille mal pour demander de l'aide. Consulter, ce n'est pas dramatiser. C'est offrir à votre enfant un espace en plus pour respirer, déposer, comprendre.

    Un enfant n'est jamais réduit à son symptôme. Et c'est souvent quand on cesse de regarder le tic en boucle, pour regarder l'enfant tout entier, que quelque chose s'apaise — chez lui, et chez ses parents.

    Jenny Pena Fauq

    Psycho-analyste clinicienne / psychothérapeute — IEPA

    Cabinet à Saint-Laurent-du-Var, près de Nice, Cagnes-sur-Mer et Antibes — contact · cabinet